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Amphipodes

Gammares

 

Gammarus pulex

Les rivières et les ruisseaux de l'ouest du Massif Central sont pauvres en calcium, ils s'enrichissent très rapidement en calcium à leur entrée sur les terrains sédimentaires de la Vienne et de la Charente. Le Crustacé Amphipode d’eau douce Gammarus pulex vit dans tous les cours de ces rivières aussi bien dans les parties dont les eaux sont riches en calcium que dans les parties où cet ion est peu abondant .

Les Gammares des eaux pauvres en calcium (nous dirons limousin) ne présentent avec les Gammares des eaux riches en calcium (charentais) aucune différence morphologique. Cependant l’expérience montre que chaque type de population reconnaît (et préfère) son eau d'origine grâce à des chémorécepteurs situés sur les antennules. La physiologie du calcium est également différente. Dans l’eau pauvre en calcium du Limousin, les Gammares charentais ont du mal à récupérer le calcium dans l’exosquelette après la mue. C’est une véritable barrière ionique qui sépare les populations limousine et charentaise et doit limiter les échanges génétiques. Cependant il n’y a pas d’isolement sexuel les deux populations étant inter fécondes. Tout au plus peut on parler de races physiologiques. Pourtant leur isolement n’est pas récent et doit dater du dernier interglaciaire. Si la barrière ionique existe pour les Gammares charentais, elle est beaucoup moins forte pour les limousins qui, entraînés par le courant, survivent facilement dans les eaux riches en calcium de la Charente et peuvent y trouver l’âme sœur. On conçoit ainsi que des échanges génétiques puissent encore avoir lieu. (d'après les travaux de M. VINCENT Université de Limoges) 

Les Talitres

Plus connu sous le nom de puces de plage, ces Amphipodes sautent dans tous les sens lorsque vous posez votre serviette sur la plage de vos vacances. Ce petit animal s'enfouit rapidement dans le sable humide et passe tout son cycle de vie hors de l'eau. Les œufs se développent dans le marsupium de la femelle et donne directement des jeunes semblables aux adultes. Il n'y a pas de larve pélagique, ce qui fait que les individus d'une plage sont isolés des individus d'une autre plage. Des échanges peuvent s'effectuer lorsque des individus sont emportés à la dérive sur des épaves après des tempêtes.

 Distances génétiques entre les populations de Talitrus saltator des plages de la Mer méditerranée et de l'Océan atlantique. Remarquez les 3 ensembles rouge (Mer tyrrhénienne), bleu (Mer Égée) et vert clair (Mer Adriatique)

Echanges génétiques entre les 4 ensembles de populations de Talitrus saltator, l'épaisseur de la flèche est proportionnelle à l'intensité de l'échange.

De Matthaeis et al. (1995) ont étudié les allozymes (enzymes codées par différents allèles d'un ou plusieurs gènes) des populations de Talitrus saltator de l'Océan atlantique et de la Mer méditerranée. L'étude des distances génétiques entre les individus des différentes plages montre qu'il existe, en Méditerranée, trois ensembles génétiquement et géographiquement distincts : un ensemble en Mer tyrrhénienne, un autre en Mer adriatique et un troisième en Mer Égée. Ces trois ensembles sont distincts des populations atlantiques.

Au sein de ces ensembles les distances génétiques entre les individus des différentes plages est faible, par contre les distances sont fortes entre les différents ensembles. Paradoxalement les populations de la Mer adriatique et de la Mer tyrrhénienne, proches géographiquement, sont éloignées génétiquement. Les populations adriatiques sont plus proches des populations égéennes que des populations tyrrhéniennes. Cette originalité des populations adriatiques s'explique par des échanges génétiques quasiment exclusifs avec la seul Mer Égée. Pour comprendre ce paradoxe il faut examiner la direction des courants marins en Méditerranée. Ils ont pu transporter les Talitres accrochés à des épaves du détroit de Gibraltar vers la mer tyrrhénienne. Puis les courants marins se dirigent vers la mer Égée et non l'Adriatique. Ce n'est qu'après une très longue odyssée et une aussi longue dérive génétique que les Talitres pourront atteindre la Mer adriatique. Pourquoi les Talitres n'ont-ils pas colonisés les côtes adriatiques de plages en plages comme ils l'ont fait le long de la mer tyrrhénienne? Parce que les 200km de côtes rocheuses de l'Apulie (le talon de la botte italienne) constituent pour eux un obstacle infranchissable.

La distance génétique entre les populations de l'Atlantique et de l'Adriatique est trés élevée (0.42). Elle est proche de la distance entre 2 espéces (0.60 entre Orchestia gamarellus et Orchestia montagui, deux autres espéces de Talitres, De Matthaeis et al., 1998). Dans ces condition on ne s'étonnera pas que les Talitrus saltator  de l'Adriatique soit légèrement différents de leurs congénères à tel point que l'on a créé pour eux la variété briani.

 

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créée le : 19-05-2013     mise à jour le : 19-12-2025     81 visites depuis le 1/03/2026
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